Au cours de la guerre, les
pertes allemandes ne cessent d’augmenter. Elles proviennent principalement du front de l’Est. Il est donc nécessaire de remplacer ces troupes et ainsi maintenir les effectifs. Mais les
volontaires ne suffisent plus et sont de moins en moins nombreux. Il faudra par conséquent incorporer au sein de la Wehrmacht des soldats non Allemands.
Les gauleiters Robert Wagner et Burckel commandent respectivement l’administration civile en Alsace et Moselle
depuis juin 1940 (l’Alsace et la Moselle sont annexées depuis juin 1940 au Reich allemand).Le 8 mai 1941, Wagner introduit le RAD (Reicharbeitdienst), obligatoire pour les jeunes Alsaciens, et
qui précède l’incorporation dans les forces armées. Les premiers Alsaciens incorporés dans le RAD appartiennent à la classe 1922 et y sont intégrés en octobre 1941.
Par ailleurs, le gauleiter Wagner propose à l’OKW le recrutement de soldats alsaciens volontaires. La campagne de
propagande débute dès octobre 1941, mais sans succès. On dénombre environ 2 000 volontaires, et pour la plupart, il s’agissait d’Alsaciens d’origine allemande.
Il faut désormais forcer les recrues à intégrer la Wehrmacht. Le 9 août 1942, Hitler autorise Wagner à mettre en place
l’incorporation des jeunes Alsaciens, bien que l’OKW ait une certaine méfiance vis-à-vis d’eux, les estimant peu sûrs et doutant de leur fidélité au Reich.
Ainsi, le 25 août 1942, Wagner, dans un décret, établit le service militaire obligatoire pour les jeunes Alsaciens et
Mosellans dans la Wehrmacht. Ce décret est contraire à la convention de la Haye de 1907, où il est proscrit à un belligérant de « forcer les nationaux de la partie adverse à prendre part aux
opérations de guerre dirigées contre leur pays ».
Les protestations de Vichy, faibles, n’auront aucun effet.
Des milliers de jeunes Alsaciens fuient la région, malgré l’interdiction et les représailles. Ceux qui sont arrêtés
sont envoyés au camp du Struthof où ils sont exécutés. Leurs parents sont internés au camp de Schirmeck puis déportés en Allemagne, leurs biens sont saisis.
Dès octobre 1943, une ordonnance responsabilise officiellement les familles en cas de désertion. Celles-ci sont
transplantées en Silésie, sont condamnées aux travaux forcés, les biens sont également confisqués. Au sein des unités, les Alsaciens-Mosellans qui tentent de se rebeller sont au mieux envoyés en
« rééducation » au camp de Schirmeck.
D’autres seront fusillés ou pendus, tel est le cas des deux Alsaciens Charles Kreutter et Jean-Pierre Zimmermann, incorporés de force dans la division 16e division Reichsführer SS en Italie, qui
sont pendus pour avoir dit, lorsqu’ils ont appris que Hitler avait survécu à l’attentat du 20 juillet : « Dommage qu’il n’ait pas crevé ! ».
La plupart des Alsaciens-Mosellans incorporés dans la Wehrmacht ont été envoyés sur le front de l’Est, généralement dans la
Heer, où il était impossible de déserter : d’une part le risque des représailles exercées sur le soldat et sa famille, et d’autre part le fait que les troupes russes ne distinguaient pas
Alsaciens et Allemands. Ceux qui ont été capturés étaient traités de la même façon. Les prisonniers alsaciens et mosellans sont regroupés au camp de Tambow, à 430 km au sud de Moscou, où les
conditions de vie sont déplorables (froid, insalubrité, très peu de nourriture). Environ 18 000 « Malgré-nous » sont morts ou disparus dans les camps soviétiques (dont 10 000 à Tambow). Très peu
de soldats ont été transférés en Afrique du Nord, après intervention de la France libre. Après la guerre, le rapatriement se fait lentement, le dernier soldat alsacien étant rentré en France en
avril 1955.
Cependant, d’autres Malgré-nous sont incorporés dans d’autres unités de la Wehrmacht : Kriegsmarine, Luftwaffe et Waffen SS.
Ainsi, la moitié de la classe 1926 est incorporée dans la Waffen SS en février 1944. D’autres classes sont concernées : de 1908 à 1913 (les soldats appartenant à ces classes avaient combattu
l'armée allemande en mai et juin 1940. Ils furent démobilisés par la suite). On note la présence de « Malgré-nous », alsaciens et mosellans, au sein de la 1.LSSAH, de la 4.SS.Polizei-Division, de
la 8.SS Florian Geyer, de la 9.SS Hohenstaufen, 18.SS Horst Wessel, et surtout dans la 2.SS Pz.Div. Das Reich.
Au sein de la Das Reich, certains historiens et anciens officiers estiment qu’il y a eu jusqu’à 40% d’Alsaciens et
Mosellans dans la division, et peut être même jusqu’à un tiers des effectifs.
La présence d’Alsaciens dans la division a été rendue célèbre lors du procès de Bordeaux de 1953, jugeant le massacre
d’Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, commis par la 3e compagnie du régiment « Der Führer ». Dans cette compagnie, on dénombre au minimum 30 Alsaciens, dont 1 seul volontaire. Au cours du procès,
si l’incorporation de force a été reconnue pour 13 des 14 Alsaciens présents, leur culpabilité a cependant été établie, et leur condamnation a suscité la grande colère de l’Alsace. Finalement,
les 13 Malgré-nous ont été graciés peu de temps après.
Selon les témoignages d’anciens Malgré-nous incorporés de force dans la division Das Reich, il était difficile de déserter, du moins lorsque la division était encore stationnée au sud-ouest de la
France au cours du printemps 1944 (ceux qui ont déserté ont rejoint la Résistance). Tous ceux qui ont pu s’enfuir au cours de la bataille de Normandie ont rejoint les Forces françaises
libres.
Au total, 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans (sans oublier les 10 000 Luxembourgeois) furent incorporés de force dans la Wehrmacht. 40 000 d’entre eux sont morts ou portés
disparus...
"Malgré-nous" disparus sur le front de Normandie en 1944
Sources:
- Entre deux fronts (N.Mengus et
A.Hugel)